Le Multichrist

Thieri Foulc

Alors que les règles d’assemblage examinées précédemment opèrent par juxtaposition, on a voulu explorer aussi la voie de la superposition. Celle-ci se divise immédiatement en deux : d’un côté, la voie mystique des matériaux opaques, où la superposition a pour effet de masquer les couches inférieures, grâce à quoi l’opération est de résultat nul pour le spectateur (mais non pour qui a souci des couches invisibles) ; de l’autre, la voie de la transparence, devenue commodément praticable grâce à l’ordinateur.

Comme le collage, la superposition a surtout été utilisée jusqu’ici en vue d’effets oniriques, surréalistes, expressifs, entièrement abandonnés à l’instinct des auteurs. Nombreux exemples en photographie, au cinéma, en peinture aussi, avec les « transparences » de Picabia et de quelques autres. Le Multichrist oupeinpien, lui, se préoccupe des règles qui vont organiser la superposition.

Comme matériau initial, on choisit des Crucifixions en vue frontale et l’on se donne comme règle de les superposer en faisant coïncider les croix, plus précisément le point idéal qui constitue l’intersection de la hampe et de la traverse. L’objectif est d’observer ce qui se passe quand deux ou plusieurs Christs se trouvent fixés à une même croix.

Comme toutes les opérations simples, celle-ci fait surgir de multiples questions, notamment :

– comment régler la proportion entre les images (reproductions) que nous utilisons ? Une fois les intersections mises en repère, on peut se régler sur l’un des clous du Christ, par exemple mettre en repère  les clous de main gauche. Cela détermine la proportion, mais on observe des effets indésirables, dont le moindre sera généralement la non-coïncidence des clous de main droite. Dans les exemples présentés ici, on a rendu égale l’épaisseur du bois de la croix (hampe verticale, en cas d’inégalité avec la traverse) ;

– convient-il de conserver intégralement les images superposées ? Il est loisible de s’intéresser à ce qui se passe, en fait de superposition, au pied de la croix ou dans le paysage d’arrière-plan, mais superposer des images complètes engendre le plus souvent des situations confuses, surtout si l’on utilise plus de deux images. Une solution élégante a été trouvée par Jean Castel qui a détouré certains Christs et leur croix de façon à concentrer l’intérêt sur eux, en éliminant le paysage ;

– l’ordre de superposition, la luminosité relative des images ou de secteurs d’image, la lisibilité de certains détails sont des questions proprement artistiques qui ne concernent pas l’Oupeinpo (mais doivent être prises en compte).

 

Thieri Foulc, avec Jean Castel : 1. Multichrist Grunewald + Raphaël.
2. Multichrist Antonello + Raphaël.
3. Multichrist Grunewald + Raphaël + Mantegna.