Rétroassemblage

C’est l’inverse du procédé courant où une image est dépecée en un certain nombre de fragments qui sont ensuite réassemblés. Le rétro-assemblage consiste à imaginer qu’une telle fragmentation a déjà été opérée et à reconstruire systématiquement l’image sur le papier.

On déchire une feuille de papier, mettons, en 16 morceaux plus ou moins égaux, qu’on empile les uns sur les autres. On imagine une image1 et l’on s’y tient. On la dessine, fragment par fragment, sur les morceaux de papier, comme si elle avait été dessinée avant le déchirage. Quand un morceau est traité, on le retourne de façon que le dessin soit caché.

Lorsque tous les morceaux ont été dessinés, on assemble l’image.

 

La contrainte est de reconstruire l’image mentale aussi parfaitement que possible, alors que la fragmentation du papier interrompt la continuité du tracé. Plus les morceaux de papier sont petits, moins les micro-décisions quant au point de départ, à la direction, à la pression du trait, etc. ont de conséquence. Un tel travail en grand format exige, au contraire, une extrême maîtrise de l’imagination.

On pourrait croire que cette méthode repose sur l’imagination (ou plus techniquement sur l’imaginative) du praticien, mais pas plus, en fait, que lorsqu’on produit une image dans n’importe quelle autre opération oupeinpienne. Un dessin est créé sous contrainte et la contrainte opère pendant l’exécution. C’est ce que nous appelons une contrainte « formante ».

Outre la fragmentation en seize, on peut supposer que le dessin « original » a subi des opérations complexes (additions, remplacements, symétrisations, etc.). La tâche de reconstitution devient alors plus algorithmique et plus strictement contrainte, jusqu’à échapper aux capacités humaines. À la limite de ces deux conditions, le déterminé-par-l’imaginative et l’aléatoire-car-trop-complexe, l’opération est purement oupeinpienne.