Le lipopicte

de la Grande Arche

 

La méthode est simple. Vous réalisez une peinture murale, sur un mur porteur. Il est recommandé de ne pas voir trop petit : personnellement, j’ai choisi un chiffre rond, 100 mètres de haut, avec une largeur de 70 mètres (Michel-Ange n’avait donné que 17 mètres sur 13 à son Jugement dernier). Ce mur étant porteur, vous bâtissez autour de lui l’immeuble prévu par l’architecte (en l’occurrence, la Grande Arche de la Défense). Si votre immeuble comporte, comme le mien, 34 niveaux, 33 bandes horizontales de la peinture initiale seront masquées par l’épaisseur des planchers. Ce sont des parties de l’œuvre qui ne seront jamais vues par personne.

Sur une maquette de la peinture, vous réservez ces bandes qui, dans le réel, seront masquées et vous les rapprochez pour composer une nouvelle œuvre. Vous obtenez ainsi le complément occulte de ce qui est offert au profane, une œuvre imprévue même pour vous, et peut-être aussi un concentré de la première.

Sans réelle surprise, j’ai constaté que mon Lipopicte n’était pas moins composé que la Murale complète.

 

 

Jean Dewasne, Le Lipopicte de la Grande Arche, 1990
Maquette de la Grande Arche de la Défense. Une composition de Jean Dewasne occupe la totalité du mur porteur et se trouve partiellement masquée par les étages (cette composition n’est pas celle que Jean Dewasne a finalement utilisée pour le Lipopicte).
Jean Dewasne, Murale n° 1 de la Grande Arche.1989