Imaginons un appareil capable de scanner tous les tableaux d’un musée. Chaque tableau est examiné, puis transformé en un document numérique en quadrichromie. Le document se compose d’un certain nombre de pixels ou picture elements (on aura pris soin de scanner toutes les œuvres selon le même protocole). On relève la densité chromatique de chacun des pixels, c’est-à-dire la quantité de cyan, de jaune, de magenta et de noir qu’ils contiennent, quantité exprimée pour chaque couleur en pourcentage. Il est facile alors de calculer la valeur moyenne des pixels, et par conséquent la couleur moyenne du tableau (exprimée en quadrichromie).

Cette opération permet dans un premier temps de classer les œuvres du musée non par technique, par pays ou par genre, chronologiquement ou thématiquement, mais selon la place de leur pixel moyen sur le cercle chromatique. Pour peu que d’autres musées suivent cet exemple, puis que les collections du monde entier subissent le même sort, on pourrait imaginer la totalité de la production picturale humaine (ou animale) contenue dans le cercle. Les rapprochements fortuits entre les tableaux qui en découleraient raviraient sans nul doute les glossateurs, et les spectateurs, pris dans le vertige du potentiel, verraient dans chaque pixel un chef-d’œuvre.  

La mort de Sardanapale Delacroix 1827